The Yards, James Gray (2000)

The Yards : affiche Charlize Theron, James Gray, Joaquin ...

The Yards est beau, The Yards est poignant, The Yards est un film tout sauf manichéen, dans lequel James Gray y peint des portraits ambigus de personnages desquels on ne peut que s’attacher malgré leurs innombrables défauts. Mark Walhberg – Leo Handler – est incroyable, touchant et torturé, dépassé par un enchaînement d’événements dont il perd rapidement tout contrôle. Joaquin Phoenix, Willie Gutierre, est sombre, impulsif, ambitieux, charmeur et pourtant fragile et submergé lui aussi par cette cascade terrible qui se déferle sur lui, lui qui avait l’habitude de tout avoir sous contrôle. Il est ainsi impossible de prendre vraiment parti à un moment ou à un autre du film : la fidélité fraternelle de Phoenix et Walhberg va-t-elle jusqu’à forcer Leo à se dénoncer à nouveau pour protéger Willie ? L’oncle de Leo est-il prêt à abandonner toute l’entreprise qu’il a montée lui-même pour le protéger et réussir à le défendre ? Leo doit-il s’enfoncer encore plus profondément dans cette spirale de la violence qui ne fait que dégénérer, pour espérer rattraper les choses ? Le film n’apporte que très peu de réponses ; certains finissent par être incarcérés, d’autres sont libérés. Le crime a-t-il été finalement combattu dans la ville ? New York est corrompue, rongée profondément de l’intérieur : sucée jusqu’à la moelle par les grands patrons ferroviaires qui se partagent entre eux la cité tentaculaire. New York ne se laisse dominer que par l’argent.


Extrêmement pessimiste, le film se conclut néanmoins sur une note pleine d’espoir, sur un renouveau que représente Mark Walhberg marchant sur un pont, dans un long travelling de droite à gauche (du reste assez inhabituel ; comme s’il remontait finalement le cours de sa vie pour tout reprendre à zéro). Le vice est châtié, mais tout cela reste cependant doux-amer par ce dernier plan, qui se retrouve être exactement le même que la scène d’ouverture, avec cependant un angle inversé, toujours dans un regard droite → gauche assez étrange.

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De plus, le choix du réalisateur de placer une des dernières séquences du film lors du congrès contre la corruption à New York est extrêmement ironique, au vu de ce à quoi est confronté depuis deux heures le spectateur.


Finalement, le film est aussi incroyablement beau. Beau par sa noirceur, par cette ombre constante et ces clairs-obscurs qui collent à la peau des personnages, par ces scènes de nuit et ces pannes régulières de courant qui plongent brutalement et régulièrement les protagonistes dans une obscurité inhérente et oppressante. La scène dans la boîte de nuit au début est tout aussi magnifique : la caméra à l’épaule suit les personnages au milieu de la piste de danse, tente tant bien que mal de capter les émotions épars et diverses qui animent les différents personnages au milieu de la musique extrêmement forte et de la foule extrêmement dense. Elle se perd, se fait bousculer, manque de tomber lorsque éclate la bagarre et, comme un simple témoin, ne réussi à filmer la scène qu’anecdotiquement. Charlize Theron, Mark Walhberg et Joaquin Phoenix ne sont alors éclairés que par les néons rouges de la pièce surchauffée ; couleur tout à la fois de la passion et de la violence, elle semble annoncer, dès le commencement, le ton extrêmement ambigu que prendra par la suite le film.

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Elle semble illustrer la relation entre Erica et Willie, belle mais pouvant cependant exploser à tous moments en détruisant tout sur son passage. Elle pourrait aussi se faire figure de la relation entre Willie et Leo, de celle, difficile, entre Erica et son nouveau beau-père (James Caan), entre Leo et sa mère, (Ellen Burstyn), entre elle et sa sœur, Faye Dunaway. Tous les personnages brûlent de s’avouer des secrets lourds, et rien ne se dit. Se livrer est ardu, pleurer l’est tout autant. Ainsi, bien qu’extrêmement pessimiste, The Yards se termine, comme une larme unique glissant sur la joue de Phoenix en gros plan, sur une douce note d’espoir qui brûle à tous moments de s’envoler.


Cynique, touchant et noir, James Gray livre ici un film brûlant sur une famille attachante, où tout se sait, mais rien ne se dit jamais.


pour voir la scène de la boîte de nuit : https://youtu.be/hvFc7eaRa_I
pour voir la bande annonce : https://youtu.be/0Q-Kecw6iV4


Zoé — octobre 2019

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